Les problèmes éthiques

Longtemps uniquement réservés à des fins militaires, les drones sont de plus en plus utilisés à des fins civiles, scientifiques, ou professionnelles, pour des missions de surveillance de sites, de secourisme, ou même de livraison de colis.

Mais que ce soit pour des usages militaires ou civiles, leur utilisation pose d’énormes enjeux, légaux et éthiques, en lien avec la vie privée des individus, qu’il est urgent de résoudre compte tenu de l’explosion du marché et de l’énorme potentiel économique que ces aéronefs représentent.

> Dans le domaine civil

Le principal problème éthique que soulève le drone civil est lié au respect de la vie privée. En effet, les drones étant équipés de caméra, ces derniers peuvent filmer à l’insu des individus tout ce qu’il se passe dans leur jardin ou leur appartement. Plus les années passent et plus il y a des progrès technologiques en la matière. La taille des drones devenant également de plus en plus réduite, ces derniers passent de plus en plus inaperçus. Leur prix rendu accessible grâce à l’arrivée massive de constructeurs chinois qui cassent les prix, permet à un nombre grandissant de ménages de s’équiper. Il y a donc un risque de plus en plus important que ces individus mal informés (ou mal intentionnés) ne respectent pas les lois mises en place pour protéger la vie privée des individus. Les pilotes de drones peuvent faire voler leurs appareils dans la ville, au-dessus d’un jardin ou à côté d’une fenêtre. A l’aide de leur caméra, ils peuvent surveiller chaque faits et gestes d’un autre individu.

> Dans le domaine professionnel

Comme nous l’avons vu, les drones ne sont pas seulement des petits appareils volants pour se divertir. Ils sont aussi désormais présents dans le monde des affaires au sein duquel d’ailleurs ils apportent valeur ajoutée et gain de productivité.

C’est le cas d’Amazon, le  géant américain du E-commerce, qui entend bien faire livrer ses produits par des drones au lieu d’utiliser des moyens de transport classiques (transport routier par exemple) à la fois plus lents et plus polluants. En 2016, Amazon a présenté le concept d’Amazon PrimeAir qui consiste à utiliser des drones pour livrer des colis de moins de 2,25 kilogrammes chez ses clients. Mais, ici le problème reste le même. Les particuliers n’ont pas envie de voir sans cesse des drones voler au-dessus de leur jardin. De plus, avec ce concept PrimeAir, les aéronefs doivent être équipés de capteurs et caméra pour surveiller les colis. Ces caméras seront donc capables de filmer toutes les habitations que les drones survolent et de violer potentiellement l’intimité de leurs occupants. Un problème qui soulève surtout celui de la Data liée à l’utilisation des drones. Un autre problème se pose avec le concept PrimeAir : si le colis se détache du drone et tombe, il pourrait très bien atterrir sur la tête de quelqu’un et le blesser grièvement.  Mais face à ce potentiel risque, Amazon a déjà tout prévu et imaginé un système (qu’il est en train de breveté) afin que ses drones s’autodétruisent en plein vol. 

Plutôt que de s’écraser lourdement au sol, avec les risques de dégâts et blessures que cela engendre, les drones défaillants d’Amazon pourraient s’autodétruire en petits morceaux en plein vol.

Un autre exemple est le nouveau projet des autorités françaises expérimenté en 2016 visant à intensifier la surveillance des routes. Ces « drones policiers » sont équipés de caméras et toutes les photos prises par les aéronefs sont transmises directement aux équipes de police au sol. Grâce à ces informations, les policiers peuvent lire les plaques d’immatriculation, mesurer la vitesse du véhicule et identifier les personnes à bord de ce véhicule. Au-delà de la mesure de la vitesse de l’automobile, ces « drones policiers » surveillent le respect des distances, les franchissements de lignes blanches, mais ils vérifient aussi que le conducteur n’ait pas son téléphone portable au volant. Avec ces aéronefs qui épient les conducteurs et les routes, la liberté des individus ne fait que diminuer. Cette surveillance intensive de la société peut rappeler le personnage fictif « Big Brother » dans le roman 1984 de George Orwell :

Big Brother is watching you

Un policier pilotant un drone

Aussi, en 2017, un autre problème est survenu. Des clients et utilisateurs du drone de loisir Spark du chinois DJI se sont plaints de problèmes techniques. De plus, l’armée américaine semblait réticente à l’utilisation des drones de cette même marque car elle soupçonnait les drones Spark d’envoyer des données (de vol ou autre) à des serveurs informatiques chinois. L’entreprise DJI a donc imposé aux détenteurs de drones Spark de faire une mise-à-jour sur leurs drones pour régler les problèmes techniques mais sans doute aussi pour régler les problèmes de fuite de données. Si les utilisateurs de ces aéronefs ne faisaient pas la mise à jour de leur appareil requise par DJI, DJI déclarait ces appareils comme étant « paralysés », les empêchant ainsi techniquement de décoller. Ce fait confirme que les fabricants ont un certain pouvoir sur les utilisateurs de drones et donc sur leur vie privée.

C’est dérangeant et cela prive l’utilisateur de la maîtrise totale de la machine qu’il a acheté. Pour arriver à immobiliser le Spark à distance, il est possible que DJI envoie un ordre de blocage dès qu’il se connecte à Internet. Ou peut-être que le firmware (micrologiciel) est équipé d’une sorte de date de péremption, rendant impossible l’utilisation du drone après une certaine date. Cela soulève vraiment le problème de l’intrusion dans la sphère privée.

Le drone Spark de DJI

Ces problèmes d’entrave à la vie privée et de possibles accidents sont les problèmes éthiques majeurs liés à l’usage des drones dans le domaine civil. Mais il y a encore un autre problème éthique majeur, qui concerne le domaine militaire.

> Sur le plan des opérations militaires 

Apparus depuis de très nombreuses années dans le domaine militaire, les drones jouent un rôle prépondérant dans les armées. Rien d’étonnant à cela, quand on sait que ces engins sans pilote extrêmement perfectionnés, permettent de contrôler depuis le Nevada, un appareil effectuant une mission de combat au-dessus de Kaboul. Mais le recours au drones rend les actions militaires plus ou moins secrètes et qui échappent au cadre juridique international régissant les guerres et les conflits armés. Ainsi, même s’il s’avère que les drones sont des armes relativement peu couteuses, très fiables et extrêmement efficaces, qui évite de mettre la vie de soldats en danger en ne les envoyant pas dans la zone de conflit, leur utilisation reste moralement douteuse et pose de vrais problèmes de droit et d’éthique. Le film Good Kill du réalisateur américain Andrew Nicool, sorti en mai 2015 illustre très bien ce problème.

Ainsi, les aéronefs bouleversent la pratique de la guerre car certains drones sont pilotés à distance depuis les Etats-Unis. Le réel problème est que le pilote du drone rentre à son domicile après une journée « normale » de travail alors que dans la même journée, il a abattu des individus à plusieurs kilomètres de chez lui. Cette dématérialisation de la guerre pour les pilotes de drones armés risque de déresponsabiliser les soldats. Ce même phénomène de dématérialisation de la guerre et de déresponsabilisation des soldats s’est produit lors de la guerre en Libye. En 2011, Barack Obama a autorisé l’armée américaine à employer les drones militaires au cours de cette guerre. Certains soldats américains parlent de lâcheté car les pilotes de ces aéronefs sont assis dans des fauteuils aux Etats-Unis, loin de la réalité de la guerre.


Un pilote de drones militaires

 

Par ailleurs, en janvier 2015, une erreur a été commise par l’armée américaine. Une attaque de drones américains contre des agents d’al-Qaida a accidentellement provoqué la mort de deux otages, un Italien et un Américain détenus sur le site attaqué. Cet accident a choqué de nombreux civils et créé des polémiques contre l’utilisation des drones dans les frappes militaires. Afin de minimiser le nombre de civils morts suite à des frappes de drones, Barack Obama, alors Président des Etats-Unis a imposé aux services de sécurité de signaler les pertes civiles lors d’opérations de renseignement hors des zones de combat, obligation que le Président Donald Trump a annulé le 7 mars 2019. Pour le Président Trump, bien que la mort de tous ces civils soit tragique, les drones sont les armes les moins meurtrières pour les civils de la guerre moderne. En effet, ceux-ci sont plus précis dans leur frappe et dans la recherche.