Les drones militaires

> Pourquoi les drones militaires sont-ils tant utilisés ?

A l’origine, les drones ont été inventés pour répondre à un besoin militaire : pouvoir effectuer des missions de reconnaissance sans compromettre la vie du pilote (cf la naissance du drone). Ils se sont beaucoup développés après la seconde guerre mondiale grâce principalement à deux pays précurseurs : les Etats-Unis lors de la guerre du Vietnam (1955-1975) et Israël lors de la guerre du Kippour (1973).

Il existe trois types de drones militaires répondant à des besoins différents selon les missions qui leur sont assignées :

  • Le drone de Haute Altitude et de Longue Endurance (HALE), est essentiellement utilisé par les armées de l’air pour des missions de reconnaissance et d’espionnage. Il évolue à très haute altitude, ce qui lui permet d’être quasi hors d’atteinte de tout ennemi.
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Global Hawk

Par exemple : le Global Hawk, fabriqué par Northrop Grumman (Etats-Unis), peut atteindre une altitude de 18 000 mètres grâce à ses ailes de grande envergure. Sa vitesse maximale est de 635 km/h et son autonomie est d’une trentaine d’heures environ. De plus, il est doté d’une optique d’une extrême précision, ce qui lui permet de distinguer la marque d’un paquet de gâteaux alors qu’il se trouve à des milliers de kilomètres de celui-ci.

  • Le drone de Moyenne Altitude et de Longue Endurance (MALE) est particulièrement efficace en reconnaissance simple. Il est utilisé par les armées de l’air pour l’appui des forces militaires terrestres. Il fournit des images très précieuses des déplacements ennemis. De plus, grâce à sa longue endurance, il relaie les hélicoptères et les avions lors des opérations. Les drones MALE peuvent également éclairer des cibles afin qu’elles soient détruites par des frappes d’avions de chasse ou peuvent être directement équipés de missiles afin d’intervenir immédiatement et ainsi supprimer tous les risques pour les pilotes. Aujourd’hui, après le retrait du MQ1-Predator en 2018, l’un des drones MALE le plus utilisé est le MQ-9 Reaper, fabriqué par General Atomics ; il possède une autonomie d’environ une trentaine d’heures, un plafond d’altitude d’environ 16 000 mètres, une vitesse maximale de 480 km/h pour un rayon d’action de 1800 km.
MQ9-Reaper
  • Le drone tactique et le drone de contact : ces types de drone sont utilisés directement par l’infanterie car ils possèdent un rayon d’action plus limité. Ils sont plus faciles et plus rapides à déployer que les MALE, car ils n’ont pas besoin de pistes pour décoller et atterrir. Les drones tactiques sont catapultés grâce à une rampe de lancement et les drones de contact sont directement lancés à la main. Le faible poids des drones de contact ainsi que leur petite taille, permettent à l’infanterie de les transporter partout, ce qui les rend très mobiles. Ces drones sont utilisés afin d’assurer des missions d’observation, notamment de surveillance du champ de bataille, mais ils permettent également le réglage de tirs d’artillerie
Patroller

En France, les drones tactiques sont utilisés dans le programme STDI (système tactique de drone intérimaire) qui sera remplacé par le programme STD (système tactique de drone) en 2020. Le programme STD sera composé d’une flotte de 14 drones tactiques Patroller, développés par Safran Electronics & Defense. Le Patroller possède une autonomie de 20 heures, une vitesse de croisière de 100 à 200 km/h et pouvant atteindre 6000 mètres d’altitude. Son rayon d’action est plus limité que celui d’un drone MALE, c’est-à-dire environ 150 km.

La catégorie des drones de contact est représentée dans l’armée française par le Tracker, développé par EADS, dans le programme Drone de Reconnaissance au Contact (DRAC). Ce drone possède un rayon d’action de 10 km pour une altitude de 300 mètres, avec une autonomie de 5 heures pour une vitesse de 60 à 90 km/heures.

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Tracker, DRAC

> Le marché du drone militaire est en plein essor

Le nombre de pays détenteurs de drones militaires a fortement augmenté depuis une dizaine d’années. En effet, ces appareils de hautes technologies sont devenus des leviers essentiels pour la collecte d’informations en toute discrétion retransmises en temps réel, mais également dans la frappe aérienne, supprimant les risques pour les pilotes et réduisant le temps d’intervention, ce qui garantit le succès des opérations.

Aujourd’hui 80 pays seraient possesseurs de drones de tous types confondus et pour l’instant seulement une dizaine d’Etats utiliseraient des drones armés : les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël furent les premiers pays à les utiliser. L’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Irak, l’Iran, le Nigéria, le Pakistan et la Turquie les ont rapidement suivis. D’autres États envisagent l’acquisition de drones armés comme la Chine, l’Inde, l’Egypte, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan… En Europe, l’Italie a obtenu en 2015 l’autorisation de l’administration américaine d’armer ses drones Reaper ainsi que la France qui les armera d’ici 2019.

Les multiples catégories, caractéristiques et capacités des drones à usage militaire, ainsi que le grand nombre d’acteurs, montrent que le marché du drone militaire est en plein essor (cf. le marché en chiffres). De plus, les drones militaires sont de plus en plus utilisés lors des conflits, ce qui prouve que le drone est une véritable révolution dans « l’art de la guerre ».

Selon Laurent Henninger, historien et journaliste pour Guerres et Histoires :

L’une des principales préoccupations des militaires, à toutes les époques, est de savoir « ce qui se passe derrière la colline, ce que fait l’ennemi, ce qu’il veut et surtout où il est. Avec les drones, on peut considérablement augmenter cette capacité à savoir ce qu’il y a de l’autre côté de la colline.

 

Cependant, malgré l’essor fulgurant des drones militaires, qui révolutionnent la guerre depuis une dizaine d’années, leur utilisation n’est pas sans poser de sérieuses difficultés. L’usage de drones armés, principalement les MALE, pose des questions éthiques. En effet, le pilotage à distance des drones armés entraîne une dématérialisation de la guerre qui risque de déresponsabiliser les soldats et de rendre d’une certaine manière le rapport à l’acte de tuer trop irréel (avec les conséquences psychologiques qui s’ensuivent).

De plus, il y a une véritable prolifération des drones militaires, notamment grâce à l’apparition de fabricants chinois, proposant des drones à des prix nettement inférieurs à ceux de leurs concurrents. Cette prolifération des drones représente donc une nouvelle menace car des groupes non étatiques comme le groupe terroriste Daesh, en utilise pour des missions d’observation ou des actions armés.